(après l'assassinat de Luis Carrero Blanco - Chronologie) annonça alors de
nouvelles mesures de libération, en faveur notamment de la création de partis politiques, interdits depuis
, ce qui déclencha une révolte chez les phalangistes qui prônèrent un retour à la dictature répressive.
La menace d'une dérive vers la droite fut stoppée avec la mort du général
¤ Franco, Francisco (
1892-1975), général et homme d'État espagnol.
Né dans le port militaire d'ElFerrol (Galice), au nord-ouest de l'Espagne, Francisco
Franco Bahamonde
était issu d'une vieille famille, peu fortunée, dont les fils servaient dans la marine depuis plusieurs
générations. N'ayant pu intégrer l'Académie navale, faute de place, il entra en
1907 à l'Académie
militaire d'infanterie de Tolède, dont il sortit trois ans plus tard. Envoyé au Maroc en
1912, promu
commandant en second de la Légion étrangère en
1920, il s'illustra lors de la guerre du Rif, contribua à
la pacification de la région et, après sa conduite brillante lors du débarquement dans la baie d'Alhucemas
(
septembre 1925), fut nommé général de brigade en
1926, devenant, à trente-trois ans, le plus jeune des
officiers généraux d'Europe. Très en faveur, tant auprès du roi
Alphonse XIII que de
Miguel Primo de
Rivera, qui exerçait la réalité du pouvoir, il fut nommé directeur de l'Académie militaire générale de
Saragosse en
1927.
¤ Après la chute de la monarchie le
14 avril 1931, et
l'établissement de la IIeRépublique, la fermeture de l'Académie le laissa sans affectation pendant huit
mois, le nouveau président du Conseil,
Manuel Azaña, ayant entrepris de purger l'armée des éléments
hostiles au gouvernement. Nommé commandant en chef de la garnison de La Corogne, dans sa région d'origine,
puis désigné en février
1932 comme capitaine général des îles Baléares, par le régime, qui voulait
l'éloigner, il fut rappelé en métropole après la victoire des conservateurs aux élections législatives de
novembre 1933, et promu général de division le
27 mars 1934.
¤ Son rôle dans la répression de l'insurrection
révolutionnaire des vallées minières d'Asturie, en
octobre 1934, lui valut le titre de commandant en chef
des forces armées au Maroc en février
1935, puis celui de chef d'état-major général de l'armée en mai. Il
s'employa durant cette période à débarrasser l'armée de ses éléments progressistes et fit en sorte de
promouvoir les officiers conservateurs. Après la victoire du Frente popular (Front populaire) le
19
février 1936, il fut immédiatement mis à l'écart et nommé chef du commandement militaire des îles Canaries.
¤ Rejoignant en juin, avec les généraux
Godet et
Queipo
de Llano, la conspiration du général
José Sanjurjo, soutenue par le financier
Juan March, il gagna
secrètement le Maroc un jour après le déclenchement du soulèvement nationaliste, le
18 juillet 1936. Il
s'assura le contrôle des garnisons puis, ayant convaincu
Hitler et
Mussolini de prêter leur concours à la
formation d'un pont aérien à grande échelle, débarqua dans le sud de l'Espagne, où il déploya l'armée
d'Afrique, qui sema la terreur tout au long de sa marche sur Madrid, avec pour cri de guerre le fameux
"!Viva la muerte!" ( "Vive la Mort!" ). À la fin de
septembre 1936, il remporta une grande victoire
politique et symbolique en détournant ses troupes de leur objectif, afin de libérer l'Alcazar de Tolède,
défendu depuis le
18 juillet contre l'assaut des troupes républicaines par les cadets du colonel
Moscardo.
¤ Après le décès accidentel du général Sanjurjo, dans les
premiers jours de l'insurrection, Franco s'était imposé, par ses succès militaires et les contacts
privilégiés qu'il avait noués avec l'Allemagne et l'Italie, comme le chef de la rébellion ; aussi se
vit-il gratifier du titre de chef du gouvernement nationaliste. Confronté à la résistance acharnée de
Madrid en novembre, il tenta en vain d'encercler la ville en
décembre 1936 et au début de
1937, tout en
causant de lourdes pertes du côté des républicains, tandis que, à partir du mois de mars, les troupes
nationalistes progressaient vers le nord. Au milieu de l'année
1937, elles s'emparèrent du Nord industriel,
atteignant Bilbao en juin, Santander en août, puis écrasèrent l'armée républicaine lors de la bataille
dans la boucle de l'Èbre à la fin de
1938, et finirent par prendre Barcelone en
janvier 1939, tandis que
Madrid tombait au mois de mars suivant.
¤ Tout en dirigeant les opérations militaires, le
général
Franco s'attacha à poser les bases du nouvel État nationaliste: en
avril 1937, il forma un parti
unique la Phalange et en prit la direction. Il forma son premier gouvernement en
janvier 1938.
Dès
1938, il s'octroit le titre de
Caudillo ( "guide!" ) et la double fonction de chef de l'État et de
chef du gouvernement, profitant pour s'imposer de la disparition de ceux qui auraient pu apparaître comme
ses compétiteurs, notamment le général
Emilio Mola, décédé dans un accident d'avion en
juin 1937. Après
la victoire finale du
1er avril 1939, Franco mit en place un régime dictatorial avec le soutien actif de
l'Église catholique, et ne tarda pas à obtenir la reconnaissance du régime par la Grande-Bretagne, la
France (qui avait dépêché le maréchal
Pétain comme ambassadeur à Madrid) et même les États-Unis. La loi
du
8 août 1939 concentra entre les mains de
Franco l'ensemble des pouvoirs, y compris le pouvoir
législatif et le pouvoir constituant.
Franco imposa son symbole sur le drapeau espagnol, l'aigle ( comme Hitler et Napoléon ).
¤ Dictateur au sens le plus classique du terme,
Franco
instaura un régime autoritaire radicalement différent, par son absence de véritable base doctrinale, des
régimes totalitaires fascistes apparus durant les années
1930. Placé à la tête d'un pays sans véritable
tradition démocratique, où la persistance des structures traditionnelles rendait d'autant plus extrémistes
les revendications de justice sociale, il sut en fait gouverner de manière assez pragmatique, s'appuyant
sur des groupes de pression qu'il savait jouer les uns contre les autres, au prix cependant d'une
véritable paralysie du débat démocratique et des droits de l'Homme. Il eut l'habileté de préserver
l'Espagne de la Seconde Guerre mondiale, puis des tourments de la guerre froide, et parvint à réintégrer
son pays dans le concert des nations démocratiques européennes, tout en préparant avec beaucoup de finesse
une succession dont la réussite était loin d'être acquise.